Marie LE DRIAN

Aime les mots de la vie quotidienne.
De la musique de ses mots elle cherche à communiquer la tendresse de leurs confidences. Elle les savoure, les agence et nous les présente, bruts parfois, émouvants toujours.


Nous nous attendions depuis si longtemps !
Toi !
J’avais quel âge ? Déjà celui de dire « vous » ?
Ce vous que je réserve aux hommes, aux amants de passage, qui m’égratignent de fausses promesses, de fausses caresses. De vrais départs. Vous oui pour ceux-là qui s’en vont fermant la porte à tout retour. Repus. Toi.

Je t’approche confiante, mais tu es si jeune, veux-tu encore de moi ? Tu m’accueilles, je me love, tu sais mes blessures, et je m’allonge en toi. Je te préfère au ciel. Ton double, ton ami. Tu imites sa lumière, ses alcools et ses fièvres mais je te préfère, toi. Le ciel ne connaît pas la tendresse, la tienne est sans limite. Il paraît, on me l’a dit, que tu donnes la mort. Si je devais choisir de partir c’est vers toi que je viendrais. Tu m’étreindrais, me porterais, m’envoûterais, ivre de toi, de tes parfums, je renierais le ciel, je renierais la lune. Oui, si je devais choisir de mourir tu serais mon passeur.

On m’a dit aussi que la besogne achevée tu déposais les corps sur le sable des plages. Mais de toi à moi, le lien est si fort, nous nous attendions depuis si longtemps, tu me garderais n’est-ce pas ?

Tu m’accueilles, je me love, tu m’entoures de tes bras offerts qui ne demandent rien. Et s’il t’arrive de t’éloigner, caprice du ciel, tu me laisses nos goémons, témoins abandonnés pour un instant de nos amours.

Nos goémons qui me couvrent en silence, attendant ton retour qui frémissent au clapotis des premières vagues, celles qui nous effleurent de ton approche. Je reste assise sur le sable, je te goûte, lentement tu me prends, j’ai cette chance d’un amant de retour.

Que jamais ne vienne ce jour où je me détournerais de toi, ce jour où tu m’aurais déçue où je quitterais le sable en te criant « vous » dans le fracas des vagues.

Marie LE DRIAN

Peinture de Lionel Caro

Peinture de Lionel Caro

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