Jean MARKALE

Jean Markale, écrivain, homme de radio et de télévision, s’est consacré à la découverte des civilisations traditionnelles, en particulier celle du monde celtique et du cycle arthurien au Moyen-Age. Il a entrepris la réécriture du Cycle du Graal dans son intégralité.


Quand la terre s’épuise au bout du monde, c’est la mer qui la prolonge et qui l’emmène bien loin, au-delà de l’horizon, vers des lumières qui n’apparaissent qu’aux yeux de ceux qui ont le don de double vue.

Et Dieu sait si les Bretons ont le don de double vue, la vision de l’Autre Monde.

Dans le Morbihan, qui est mon pays, ce qu’on appelle maintenant la Ria d’Etel est peut-être la meilleur preuve de cette communion d’esprit et de matière entre les éléments rocheux, solides, inébranlables, et les fluidités liquides, celles qui s’envolent dans les rêves infinis du ciel.

Les Celtes n’étaient pas des marins.
C’étaient des terriens, des éleveurs et des agriculteurs.
Ils se sont heurtés à l’Océan, ce qu’on appelle en langue bretonne ar mor, du genre masculin.
Cet ar mor, c’est un monstre, avec lequel il faut lutter, comme avec le « Vieil Océan » dont parle Lautréamont.

Mais tout combat doit cesser : la mer (ou le Vieil Océan) a fini par pactiser avec la Terre, mère et nourricière de l’humanité, autant que la mer, dont les flots verts et bleus se prolongent à l’infini dans les estuaires…

Je suis un fils de la Terre et un enfant de la Mer, et je rêve dans les lagunes…

Ma Terre est ma Mer, et c’est aussi ma Mère.

Jean MARKALE

Peinture de Lionel Caro

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